Durant la première année de ma vie à Lisbonne, j’ai vécu au Parc des Nations, quartier le plus récent de la capitale. Et là chers amis, vous vous dites : mazette! C’est top pour commencer une vie d’expatriée! Oui, c’est vrai, c’était super sympa. Bel appartement, bel environnement, tout à proximité et bien sûr le Tage à nos pieds. Je l’avoue, un vrai paradis! Et donc, en triant quelques photos, je me suis souvenue de beaucoup de choses sur ce quartier atypique. Et aujourd’hui, je les partage avec vous 🙂

Dans un premier temps, nous commencerons par un petit topo historique où, bien entendu, je parlerai d’Expo’98. Ensuite, je vous dirai tout sur les avantages à vivre ou séjourner au Parc des Nations. Bien sûr, il y a aussi quelques inconvénients 😉

Le Parc des Nations : un peu d’histoire

Avant Expo ’98

Donc, il y a bien longtemps, la région qui s’appellerait plus tard Parc des Nations, était essentiellement agricole. A partir du XIXème siècle, elle entre dans l’ère de l’industrialisation avec l’arrivée du chemin de fer et l’apparition des premières usines. Mais c’est au cours du XXème siècle, notamment dans les années 40, que l’industrialisation intensive change totalement sa physionomie. En effet, dès 1940, SACOR y installe une belle raffinerie de pétrole. Ajoutons des usines de matériels d’armement et un joli abattoir. Enfin, pour parfaire le tableau, un magnifique centre de traitement des déchets accompagné de ses décharges et d’une charmante station d’épuration. Imaginez donc le beau décor et les odeurs! Bref, cette zone devint littéralement le grand dépotoir de Lisbonne avec un taux de pollution atteignant des sommets.

Fait historique

Entre 1939 et 1945, fut mis en service un aéroport maritime à Cabo Ruivo. En effet, la Pan American proposait une ligne régulière, entre Lisbonne et les Etats-Unis en hydravion. Ce vol long courrier permit de sauver beaucoup de vies durant le Seconde Guerre Mondiale, notamment des familles juives fuyant le régime nazi.

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Le Parc des Nations avant Expo’98

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Raffinerie Sacor en 1967.
Photo de João Brito Geraldes.
AML A59285 N56769 JBG000564.

Expo’98

Un projet titanesque, sorti de terre en un temps record

Et puis, un jour, quelqu’un a eu la belle idée de récupérer ce terrain pour y accueillir non seulement l’Expo’98 mais ensuite le transformer en une zone urbaine moderne et respectueuse de l’environnement. Donc, en 1995, commencèrent les travaux d’assainissement des sols. Et comme vous pouvez l’imaginer, il y avait du boulot!

  • Une grande partie des matériaux non pollués, issus des démolitions des usines et de la raffinerie furent récupérés pour la construction de divers pavillons de l’Exposition Internationale.
  • Les arbres qui avaient survécu à la pollution ont été déplacés durant les travaux pour ensuite être replantés  sur le site.
  • La terre végétale utilisée pour les espaces verts provient des boues de la station d’épuration et le compost, du traitement des déchets.

1 million de tonnes de matériaux récupérés et recyclés pour la construction de Expo’98.

150 000 m3 de terre végétale furent produits à partir des boues d’épuration et des déchets.

340 hectares et 5 km de rivage dépollués et récupérés pour l’Expo.

Après la dépollution, suivirent deux années de construction des différents pavillons de l’Expo. Et n’oublions pas le fameux pont Vasco de Gama (de 1995 à mars 1998), la gare Oriente, le métro et les autoroutes d’accès.

En seulement trois ans, le Parc des Nations était prêt pour l’Expo’98.

Une réussite totale

Du 22 mai au 30 septembre 1998, eut donc lieu l’Exposition internationale de Lisbonne. Le thème central portait sur « les océans, un patrimoine pour le futur ». Le succès fut au rendez-vous avec plus de 10 millions de visiteurs, notamment grâce à l’originalité architecturale des différents pavillons mais aussi grâce aux expositions innovantes. L’Océanarium (pavillon des Océans), le pavillon de l’Utopie ou encore le spectacle nocturne Acqua Matrix furent les attractions préférées des visiteurs. Enfin, il faut surtout retenir qu’Expo’98 montra au monde entier que ce petit pays qu’est le Portugal pouvait aussi faire de grandes choses et même être novateur.

Quelques faits :

    • 126 pavillons.
    • 146 pays et 14 organisations internationales présents.
    • Plus de 10 millions de visiteurs.
    • Commémoration des 500 ans du premier voyage maritime de Vasco de Gama pour l’Inde.

Malheureusement, je n’ai pas eu la chance de visiter l’exposition mais j’ai retrouvé quelques photographies et vidéos de l’époque.

Photo à gauche : Bill Gates accompagné des mascotes d’Expo’98, Gil et Docas. Photo de Luís D’Orey, le 09/09/1998. AML PT/AMLSB/PAE/GFT/0164/164097.

Photo ci-dessous : Entrée nord du Parc d’Expo’98. Photo de Bruno Portela, le 10/07/1998. AML PT/AMLSB/PAE/GFT/0153/153066.

Le Parc des Nations, un projet urbanistique ambitieux

Quelques mois après la fermeture d’Expo’98, la zone fut rebaptisée Parc des Nations. Et commença donc, la concrétisation du grand projet d’urbanisation, qui fut planifié en même temps que l’élaboration de l’exposition. Au final, il n’y avait plus grand-chose à faire vu qu’une grande partie des pavillons fut récupérée. Pour le reste, les terrains furent vendus pour y construire des logements, un hôpital, des hôtels et plusieurs grandes entreprises y installèrent leur siège social.

Panorama Parc des Nations à Lisbonne

 

Après le succès, le déclin?

Dix ans après l’exposition universelle, le Parc des Nations fut un succès total. Toujours cité en exemple, il devint le visage d’une Lisbonne jeune et dynamique, s’opposant ainsi au centre historique, vieillot et tombant en ruines. Aujourd’hui, en 2017, c’est un peu différent. En effet, le renouveau des bairros de la Baixa, Alfama, Mouraria et Graça attire les classes aisées et branchées pendant que le quartier Oriente glisse peu à peu vers un état de presque abandon. Les habitants se plaignent notamment, du manque d’entretien des espaces publics et du vieillissement des équipements. Car depuis 2012,  quand le Parc des Nations est devenu une junta de freguesia (une commune), les problèmes se sont accumulés. Comme les responsabilités n’ont pas été clairement définies durant la transition, chaque administration se renvoie la patate chaude.

Un quartier pas entièrement dépollué

Par ailleurs, lors de récents travaux, durant l’été 2016, des sols pollués ont été détectés dans la zone sud du quartier. De plus, des odeurs suspectes furent signalées par des habitants, vivant près du chantier. Ceci laisse sous-entendre que cette partie n’a pas été décontaminée, comme cela aurait dû être fait, lors des travaux d’Expo’98. Ainsi, plus de 4000m3 de résidus dangereux, dont des dérivés d’hydrocarbures et de benzène, furent retirés. Finalement, la belle image du Parc des Nations, quartier écologique et sans pollution, semble bien égratignée après cette histoire.

Vivre au Parc des Nations, que des avantages

Habiter au Parc des Nations, c’est un peu vivre comme un pacha. Les appartements sont spacieux et très confortables. Le quartier est unique avec un cadre de vie exceptionnel.

Luxueux mais cher

Durant la première année de mon installation à Lisbonne, j’ai donc habité au Parc des Nations. Les logements sont modernes, avec tout le confort et très luxueux. Par exemple, notre appartement de l’époque possédait deux chambres dont une suite parentale (avec un dressing de rêve!). Ajoutez une deuxième salle de bains et une immense pièce à vivre. Par ailleurs, nous avions droit à un garage fermé et surveillé pour deux véhicules et un cellier. Concernant les parties communes, nous avions accès à la piste de jogging sur le toit, la piscine et la salle de sport. Et cerise sur le gâteau, chauffage et air conditionné, aspiration centralisé, alarme, interphone avec vidéo, cuisine entièrement équipée et une petite cheminée! Tout cela pour un loyer mensuel de 1150€!

Bien entendu pour ceux qui habitent dans les grandes villes et notamment Paris, vous vous dîtes que ce n’est pas cher. En revanche, pour une famille moyenne qui vit au Portugal, cela revient très cher (pour rappel, le salaire minimum portugais est de : 557 €). Finalement, c’était sympa d’en avoir profité pendant 1 an 🙂

Un quartier agréable, avec tout !

Un bel environnement

La grande promenade piétonne est l’un des grands atouts du Parc des Nations. A pied ou à vélo, en courant ou en marchant, vous profiterez de 5 km au bord du Tage sans croiser une voiture. C’est plutôt sympa pour les sorties en famille. D’autre part, les enfants pourront profiter de plusieurs espaces verts et de fontaines rigolotes. Par ailleurs, des sculptures contemporaines sont disséminées partout dans le Parc, sans compter les magnifiques bâtiments architecturaux construits pour Expo’98.

Un pôle de loisirs

Côté culture, la grande salle de concert MEO Arena accueille les grandes stars internationales. De plus,  la FIL  reçoit divers salons et foires et si vous aimez la danse, faites un tour au théâtre Camões. Dans les avenues plus passantes, des restaurants, des cafés et le Casino de Lisbonne. Et je n’oublie pas le fameux Oceanarium, le Pavillon de la Connaissance et les télécabines. Enfin, au mois de juillet, le festival Super Bock Super Rock prend ses quartiers au Parc des Nations pour trois jours de folie!

Les technologies innovantes du Parc des Nations

Lors de la construction du Parc des Nations, plusieurs nouveautés (à l’époque) technologiques ont été incluses dans le projet :

  • Un système pneumatique de ramassage des ordures, reliant tous les édifices du quartier, passant par des conduites souterraines jusqu’à la station de traitement.
  • Un réseau de galeries souterraines regroupant les câbles haute et basse tension, le ramassage des déchets, la fibre optique et le réseau d’eau chaude et d’air conditionné.
  • Une centrale d’énergie thermique qui fournit l’eau chaude, le chauffage et l’air conditionné, l’été.

Avec toutes les commodités

Côté pratique, le centre commercial Vasco da Gama constitue le centre vital du quartier. Il compte plus d’une centaine de magasins, un grand supermarché, un cinéma, des restaurants, un club de gym et un parking. Tout à côté, la station intermodale de Oriente qui centralise trains, métro, bus Carris et suburbains. Enfin, j’ajoute l’hôpital CUF Descobertas, établissement privé mais à la pointe de la technologie. Pour la petite histoire, c’est là qu’est née ma petite fille 😉

 

Centre d'affaires et un important bassin d'emplois

Le Parc des Nations accueille près de 2000 d’entreprises. Par exemple :

  • Le siège social de Vodafone : un des grands opérateurs de télécommunications du Portugal.
  • Plusieurs entreprises spécialisées dans les services de Call Center comme Teleperformance ou Sitel.
  • Microsoft
  • L’hôpital CUF Descobertas
  • Campus da Justiça
  • Sans compter les hôtels et les commerces

Les inconvénients du Parc des Nations

En plus de tous les avantages que j’ai déjà présenté un peu plus haut, le Parc des Nations se trouve tout près de l’aéroport. Il faut compter 10 min en voiture et 6 min en métro. Inversement, il se situe loin du centre historique de Lisbonne (30 min en métro). Par ailleurs, pour aller à Belém depuis Oriente, vous pouvez prendre le bus 728 (1 heure de trajet). L’autre solution est de combiner métro et tramway mais vous ne gagnerez pas de temps.

En conclusion, vivre ou séjourner dans le beau quartier du Parc des Nations présente beaucoup d’avantages avec une qualité de vie incomparable. Cependant, son éloignement du centre-ville de Lisbonne est, à mon avis, son plus gros défaut. Enfin, son ambiance ultra-moderne et un plan d’urbanisation rationnel en font une antithèse des quartiers historiques comme la Baixa ou l’Alfama. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai préféré déménager. En effet, malgré tous ces points positifs, il manque du charme et de l’authenticité, bref, une vraie vie de quartier.

Et vous, que pensez-vous du Parc des Nations? Partagez votre avis dans les commentaires 🙂

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